mardi 11 mars 2014

Journal du samedi 19/08 - 73 km pédalés

Cruzeiro a Cunha

De l’asphalte et encore de l’asphalte…le goudron qui fond sous le soleil et la chaleur qui brûle notre énergie. Qui nous verrait dans cette pousada à cinq heures de l’après-midi, pieds nus, encerclés d’arbres à l’ombre bienveillante, une bière à la main tout en consultant les cartes routières, ne se douterait pas que, quelques heures plus tôt, nous étions en train de fondre sous la chaleur du désert asphalté pilotant un tandem. 

Après le petit-déjeuner, comme toujours entre sept et huit heures du matin, nous quittons Cruzeiro, direction Guaratinguetá – nous cogitons prendre le vieux chemin de Lorena mais nous ne le trouvons pas, aussi se résout-on à emprunter la route goudronnée.  Les trois premières heures du trajet, je suis vraiment mal lunée. Pour tout un tas de raisons, parmi lesquelles l’horrible expérience de la nuit passée ou encore pour le fait d’avoir à affronter aussi tôt tous ces bus, camions et voitures roulant comme des assassins. Nous sommes samedi.                  

En arrivant à la hauteur de Guaratinguetá, enfin un peu de délivrance, nous sommes quasiment à mi-parcours. Après un rond-point, en direction de Cunha, se dresse devant nous une longue montée. On connaissait bien cette portion pour y être déjà passés…en voiture ! Mais nous n’avions jamais imaginé que cette “ligne droite” était en fait un terrible faux plat où il s’avère difficile de rouler. Déshydratés, nous faisons plusieurs haltes pour boire un peu d’eau et récupérer, essayant de trouver, en vain, un coin d’ombre.

Au milieu des vallons, la sueur ruisselle à tonneaux sous nos casques  mais nous poursuivons malgré notre vision embuée. Les gouttes perlent sur le goudron et s’évaporent dans nos yeux sous les rayons brûlants du soleil. Par cette chaleur, nous faisons abstraction de tout, hormis de la route dont nous faisons un horizon infini et nuageux. L’ombre n’y est que mirage. Nous en sommes au huitième jour de notre odyssée. Je me remémore les kilomètres parcourus chaque jour : 70,42 km - 79.89 km – 73,01 km – 0 km – 58 km – 44.33 km – 82 km – 95,07 km - 73 km.

502,72 km au total (en aucun moment nous n’avons poussé le tandem). Ce qui donne donc une moyenne de 71 km/jour. Pas étonnant que le physique souffre un peu de ce traitement qui lui est infligé. Nous sommes pour ainsi dire sur pilotage automatique  pendant un bon moment, essayant d’oublier la fatigue. Un jour entamé harassé par le manque de sommeil et une alimentation inappropriée est un mauvais jour pour pédaler, aussi facile que soit le trajet.  

Vingt kilomètres plus loin, après Guaratinguetá, mirage! Nous tombons sur une   churrascaria (restaurant spécialisé dans la viande) à l’ombre! L’occasion de passer le samedi dans une ambiance familiale. L’endroit est agréable, fréquenté par la classe moyenne de la région. La “petite-fille” de la churrascaria, une jeune et jolie gamine, nous emmène jusqu’à notre table et veut savoir d’où nous venons. Elle nous confie que dans cette ville, il y a un club de vélo spinning. Elle nous présente ensuite son grand-père, propriétaire et fondateur du restaurant, et l’on se sent rapidement comme à la maison. C’est tout ce dont nous avions besoin, un papy chaleureux et de la bonne viande.   

Nous sommes donc en face de la tentation… La viande ! Mais je préfère ne pas en manger et éviter ainsi les crampes. Je mange deux énormes assiettes de salade – j’adore la salade, mais ces derniers jours je me suis un peu laissée aller, m’empiffrant d’arroz e feijão mineiro – et je succombe à un Coca bien frais. Bien qu’il soit accro à la viande, Mathieu se contrôle, il mange à peine un peu de mouton. Il reste encore plus de 40 km à faire et nous comptons bien être un peu plus efficace sur le tandem à partir d’ici.

Nous prenons la route juste après le dessert, renonçant à boire un expresso. Nous montons sur le tandem et optons pour la vitesse “doucement mais surement”. La digestion ralentit encore un peu plus notre rythme, mais on ne se sent pas aussi exténués que ce matin. C’est assez curieux de faire ce trajet pour la première fois à bicyclette, à vrai dire c’est pour nous une véritable découverte. Nous continuons sous le soleil et sans ombre. Il n'est pas facile de se débarrasser des stigmates de la journée, mais nous commençons à profiter du paysage.

Notre aventure va se terminer demain. Nous en profitons pour dresser un bref bilan de l’expérience. Tout a été très rapide, de l’idée initiale jusqu’à sa réalisation.  Nous avons eu peu de temps pour réfléchir mais n’avons pas eu peur de relever le défi.  Sur la route Paulo Virgínio, le soleil est déjà plus clément. Nous décidons, pour des raisons pratiques, de nous abstenir de faire halte à Cunha, dont la principale ressource provient de l’artisanat. Le plan est de trouver une auberge peu avant l’entrée de ville, au bord de la route.

Nous arrivons “chez nous” au “Tudo na Roça”. Chaque fois que nous allons à Paraty en voiture, nous passons par là car il n’y a que des choses simples et délicieuses à grignoter et l’on y vend toutes sortes de babioles sans grande valeur mais d’une sophistication bien particulière, le lieu est fréquenté par les familles aisées de la région. Sur le parking, il n’y a que des 4X4 et des berlines sportives. Nous commandons notre jus de fruit habituel.  
Nous allons saluer la propriétaire et lui expliquons que nous cherchons un endroit pour dormir. Elle nous indique une pousada que nous supposons devoir être assez chère,  mais après le fiasco de la nuit dernière... Nous connaissons des cyclistes ayant fait la Route Royale qui n’ont pas dépensé plus de R$ 100,00. José Maurício de Barros lui-même est un de ceux-là. Mais, depuis le début, notre intention était de voyager à vélo et de dormir dans des draps blancs et immaculés, du moins dans la mesure du possible. 
 
Nous suivons le conseil de la propriétaire du « Tudo na Roça » et nous rendons à l’Hôtel Fazenda São Francisco. Le terrain et les installations y sont spectaculaires.   Sauna, piscine, animaux, le tout dans une ambiance très verte. Nous allons pouvoir nous reposer dans un chalet bien frais. Nous déchargeons les bagages sans coup férir puis enfilons nos maillots de bain pour aller plonger dans la piscine – le corps encore tout graisseux. Le ciel est couvert de nuages, et c’est en observant au loin le coucher de soleil que nous faisons le  bilan du voyage.  

Le lendemain matin, nous avons droit à de la coalhada bien fraiche, du miel, des céréales, des petits pains tout chauds sortis du four, le tout sur notre table avec une odeur de foin nous environnant. Nous adorons prendre le petit-déjeuner au milieu des bois ! Avant de partir, une dernière petite balade. Nous faisons la connaissance d’un sympathique âne pleurnicheur allaité au biberon, au milieu des veaux et des vaches et, pour finir, nous visitons la chapelle située dans la propriété.  

Bagages en place,  nous reconstituons notre stock d’eau et prenons la direction de Paraty, en suivant l’hallucinante Serra de Cunha – nous l’avions déjà descendue en tandem auparavant, mais jamais avec  35 kilos de bagages. Jusqu’ici, on s’en est sortis indemnes, aucune chute, aucune blessure, aucun pneu crevé, tout est parfait. Que va nous réserver le dernier jour?  Nous ne le savons bien évidemment pas. Comme diraient les espagnols:  A ver!

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