Cruzeiro a Cunha
De l’asphalte et encore de l’asphalte…le goudron qui fond
sous le soleil et la chaleur qui brûle notre énergie. Qui nous verrait
dans cette pousada à cinq heures de l’après-midi, pieds nus, encerclés d’arbres
à l’ombre bienveillante, une bière à la main tout en consultant les cartes
routières, ne se douterait pas que, quelques heures plus tôt, nous étions en
train de fondre sous la chaleur du désert asphalté pilotant un tandem.
Après le
petit-déjeuner, comme toujours entre sept et huit heures du matin, nous
quittons Cruzeiro, direction Guaratinguetá – nous cogitons prendre le vieux
chemin de Lorena mais nous ne le trouvons pas, aussi se résout-on à emprunter
la route goudronnée. Les trois
premières heures du trajet, je suis vraiment mal lunée. Pour tout un tas de
raisons, parmi lesquelles l’horrible expérience de la nuit passée ou encore
pour le fait d’avoir à affronter aussi tôt tous ces bus, camions et voitures
roulant comme des assassins. Nous sommes samedi.
En arrivant à la
hauteur de Guaratinguetá, enfin un
peu de délivrance, nous sommes quasiment à mi-parcours. Après un rond-point, en
direction de Cunha, se dresse devant
nous une longue montée. On connaissait
bien cette portion pour y être déjà passés…en voiture ! Mais nous n’avions
jamais imaginé que cette “ligne droite” était en fait un terrible faux plat où
il s’avère difficile de rouler. Déshydratés, nous faisons plusieurs haltes pour
boire un peu d’eau et récupérer, essayant de trouver, en vain, un coin d’ombre.
Au milieu des
vallons, la sueur ruisselle à tonneaux sous nos casques mais nous poursuivons malgré notre vision
embuée. Les gouttes
perlent sur le goudron et s’évaporent dans nos yeux sous les rayons brûlants du
soleil. Par cette
chaleur, nous faisons abstraction de tout, hormis de la route dont nous faisons
un horizon infini et nuageux. L’ombre n’y est que mirage. Nous en sommes
au huitième jour de notre odyssée. Je me remémore les kilomètres parcourus
chaque jour : 70,42 km - 79.89 km – 73,01 km – 0 km – 58 km – 44.33 km – 82 km
– 95,07 km - 73 km.
502,72 km au
total (en aucun moment nous n’avons poussé le tandem). Ce qui donne donc une
moyenne de 71 km/jour. Pas étonnant que le physique souffre un peu de ce
traitement qui lui est infligé. Nous sommes pour
ainsi dire sur pilotage automatique pendant un bon moment, essayant d’oublier la
fatigue. Un jour entamé harassé par le manque de sommeil et une alimentation
inappropriée est un mauvais jour pour pédaler, aussi facile que soit le trajet.
Vingt kilomètres
plus loin, après Guaratinguetá,
mirage! Nous tombons sur une churrascaria
(restaurant spécialisé dans la viande) à l’ombre! L’occasion de passer le
samedi dans une ambiance familiale. L’endroit est agréable, fréquenté par la
classe moyenne de la région. La “petite-fille”
de la churrascaria, une jeune et jolie gamine, nous emmène jusqu’à notre table
et veut savoir d’où nous venons. Elle nous confie que dans cette ville, il y a
un club de vélo spinning. Elle nous présente ensuite son grand-père,
propriétaire et fondateur du restaurant, et l’on se sent rapidement comme à la
maison. C’est tout ce dont nous avions besoin, un papy chaleureux et de la
bonne viande.
Nous sommes donc
en face de la tentation… La viande ! Mais je préfère ne pas en manger et éviter
ainsi les crampes. Je mange deux énormes assiettes de salade – j’adore la
salade, mais ces derniers jours je me suis un peu laissée aller, m’empiffrant
d’arroz e feijão mineiro – et je succombe
à un Coca bien frais. Bien qu’il soit
accro à la viande, Mathieu se contrôle, il mange à peine un peu de mouton. Il
reste encore plus de 40 km à faire et nous comptons bien être un peu plus
efficace sur le tandem à partir d’ici.
Nous prenons la
route juste après le dessert, renonçant à boire un expresso. Nous montons sur le tandem et optons pour la
vitesse “doucement mais surement”. La digestion ralentit encore un peu plus
notre rythme, mais on ne se sent pas aussi exténués que ce matin. C’est assez
curieux de faire ce trajet pour la première fois à bicyclette, à vrai dire c’est
pour nous une véritable découverte. Nous continuons sous le soleil et sans
ombre. Il n'est pas facile de se débarrasser des stigmates de la journée, mais
nous commençons à profiter du paysage.
Notre aventure
va se terminer demain. Nous en profitons pour dresser un bref bilan de
l’expérience. Tout a été très rapide, de l’idée initiale jusqu’à sa
réalisation. Nous avons eu peu de temps
pour réfléchir mais n’avons pas eu peur de relever le défi. Sur la route Paulo Virgínio, le soleil est déjà plus
clément. Nous décidons, pour des raisons pratiques, de nous abstenir de faire
halte à Cunha, dont la principale ressource provient de l’artisanat. Le plan
est de trouver une auberge peu avant l’entrée de ville, au bord de la route.
Nous arrivons
“chez nous” au “Tudo na Roça”. Chaque fois que nous allons à Paraty en voiture,
nous passons par là car il n’y a que des choses simples et délicieuses à
grignoter et l’on y vend toutes sortes de babioles sans grande valeur mais
d’une sophistication bien particulière, le lieu est fréquenté par les familles
aisées de la région. Sur le parking, il n’y a que des 4X4 et des berlines
sportives. Nous commandons notre jus de fruit habituel.
Nous allons
saluer la propriétaire et lui expliquons que nous cherchons un endroit pour
dormir. Elle nous indique une pousada que nous supposons devoir être assez
chère, mais après le fiasco de la nuit
dernière... Nous connaissons
des cyclistes ayant fait la Route Royale qui n’ont pas dépensé plus de R$
100,00. José Maurício de Barros lui-même
est un de ceux-là. Mais, depuis le début, notre intention était de voyager à
vélo et de dormir dans des draps blancs et immaculés, du moins dans la mesure
du possible.
Nous suivons le
conseil de la propriétaire du « Tudo na Roça » et nous rendons à l’Hôtel
Fazenda São Francisco. Le terrain et les installations y sont spectaculaires. Sauna,
piscine, animaux, le tout dans une ambiance très verte. Nous allons pouvoir
nous reposer dans un chalet bien frais. Nous déchargeons
les bagages sans coup férir puis enfilons nos maillots de bain pour aller
plonger dans la piscine – le corps encore tout graisseux. Le ciel est couvert
de nuages, et c’est en observant au loin le coucher de soleil que nous faisons le
bilan du voyage.
Le lendemain
matin, nous avons droit à de la coalhada
bien fraiche, du miel, des céréales, des petits pains tout chauds sortis du
four, le tout sur notre table avec une odeur de foin nous environnant. Nous
adorons prendre le petit-déjeuner au milieu des bois ! Avant de partir,
une dernière petite balade. Nous faisons la connaissance d’un sympathique âne
pleurnicheur allaité au biberon, au milieu des veaux et des vaches et, pour
finir, nous visitons la chapelle située dans la propriété.
Bagages en
place, nous reconstituons notre stock
d’eau et prenons la direction de Paraty, en suivant l’hallucinante Serra de Cunha – nous l’avions déjà
descendue en tandem auparavant, mais jamais avec 35 kilos de bagages. Jusqu’ici, on
s’en est sortis indemnes, aucune chute, aucune blessure, aucun pneu crevé, tout
est parfait. Que va nous réserver le dernier jour? Nous ne le savons bien évidemment pas. Comme
diraient les espagnols: A ver!◘
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