De Tiradentes à Capela do Saco
Un nouveau lever
de soleil et la promenade commence. Pendant que nous trainons nos sandales sur
les pierres capistranas, tout en laissant au repos nos postérieurs, la baroque Tiradentes nous dévoile un peu de son
histoire.
TIRADENTES
De campement à ville.
De roi du Portugal à héros brésilien. Ainsi s’est faitTiradentes. Fondée par des paulistanos au
début du XVIIIème siècle, elle connut une intense ébullition durant l’eldorado,
devenant le plus important centre producteur du Minas Gerais.Elle s’est appelée Santo
Antonio do Rio das Mortes et Arraial Velho.
Elle fût aussi dénommée Vila de São José en 1718, en hommage au
futur roi du Portugal puis, en 1860, elle atteignit l’excellence, de simple village
elle passa dans la catégorie de ville.
Avec la proclamation de la république en 1889, elle
devint enfin Tiradentes. Depuis lors jusqu’à nos jours, la ville maintint le
même brio qu’à l’époque de l’Empire, elle fût consacrée Patrimoine Historique
et Artistique National en 1938. Et nous sommes
là, Mathieu et moi, photographiant ce berceau d’idées libérales, l’antre des révolutionnaires
de la conjuration minière, enveloppé par l’omnipotente muraille verte, la Serra de São José.
Nous visitons l’église Nossa Senhora das Mercês et celle de Nossa Senhora do Rosário.
Nous prions pour des âmes que nous
ne connaissons pas dans un cimetière exempt de toute décoration funèbre et nous
pouvons constater que les églises et chapelles sont les petites sœurs rococós de celles de Ouro Preto. Nous pénétrons
dans le musée du Père Toledo (ecclésiastique
ayant eu un rôle prépondérant lors des conspirations minières) qui vaut plus
par la force de son histoire. C’est en effet la maison où fût tramée la
conjuration, qui abrita les révolutionnaires prisonniers et où l’on a conservé
certaines reliques des coutumes de l´époque.
L’histoire dit
que, après que le soldat et dentiste Joaquim
José da Silva Xavier (véritable
nom de Tiradentes) fût fait prisonnier, le Père
Toledo continua en vain à ourdir ses “inconfidences”, mais il dût fuir la
police avant d’être capturé derrière la Serra
São José.Bien des siècles
plus tard, la ville, marquée aussi bien par l’or que par le sang, est devenue un
lieu agréable où l’on peut s’instruire, se reposer, bien manger et circuler en train!
Mais nous ne pouvons hélas pas profiter de la « Maria Fumaça ».
La Maria Fumaça est un train à vapeur, l’unique
au monde avec un écartement des rails de 76 cm, nous dit le prospectus, mais elle
ne fonctionne que le week-end et les jours fériés. Nous sommes mardi et ce n’est pas férié. Mais même ceci
ne nous empêche pas de goûter cette journée ensoleillée. Nous
parcourons les rues du centre et des environs, pleines de maisons colorées à
l’architecture coloniale.
Tiradentes est remplie
de chiens errants de toutes les races imaginables, marchant en bandes, en
couple ou en solitaire tandis que dans le ciel passent des oiseaux de fer. Tiradentes
est en effet la ville non-métropolitaine ayant le plus grand nombre
d’atterrissages et décollages
d’hélicoptères au Brésil. Vers midi, nous
déjeunons dans un restaurant au kilo servant des plats et desserts typiquement mineiros.
Mais nous ne pouvons point nous goinfrer autant que nous le souhaiterions, sous
peine de tomber dans les bras de Morphée.
Nous consacrons
l’après-midi à la visite d’un magasin de brocantes et d’antiquités – à la poussière
bienveillante et au charme suranné – et si nous n’étions pas à vélo, j’emmènerais
volontiers une des machines à écrire
vintage que l’on peut y trouver. En début de
soirée, nous nous rendons dans une pharmacie pour faire le plein de pastilles
contre la toux et autres remèdes sensés guérir la grippe, puis nous partons
diner d’un plat de pâtes accompagné d’un verre de vin avant de retourner à
notre auberge.
Quatrième jour
de pédalage – Mercredi 15/08/05
Nous récupérons
les vêtements que nous avons laissés la veille à la blanchisserie de l’hôtel et,
le temps de les faire sécher, nous en profitons pour ranger toutes nos affaires
avant le petit-déjeuner.Encore une
journée agréable et ensoleillée. Nous avons dormi sur un bon matelas dans un
authentique lit colonial pour un prix très raisonnable. Malgré la grippe, nous
nous sentons d’attaque et, déjà en tenue de cyclistes, nous allons nous
sustenter pour un autre jour de pédalage.
Destination: Caquende. Nous avons déjà recueilli des
renseignements sur le chemin à suivre à l’office du tourisme de Tiradentes ainsi
qu’auprès de quelques habitants. Cela semble facile, bien signalisé, avec plus
d’asphalte que de terre sur le parcours.
Le plus curieux
est que nous rencontrons beaucoup de gens qui ne connaissent pas le tracé de la
Route Royale, et qui ne sont pas au courant du Projet. Certains
vont même jusqu’à émettre des doutes sur le chemin : « Il existe
vraiment? Si oui, c’est un secret bien
gardé. »
Nous remarquons
le manque d’information concernant l’Institution
de la Route Royale. Ce qui est dommage. Mais il est vrai qu’unir globalisation
et tradition ne doit pas être si facile que ça ! Qui plus est pour un
projet récent sans subvention Considérant
l’absence de carte routière et de plan indiquant les points d’eau ainsi que
l’altitude, comment choisir la route à suivre ? L’inattendu fait partie du
charme du voyage et la nécessité fait loi. Secret ou pas, nous
sommes bel et bien sur le Vieux Chemin de l’Or, et sans GPS! Peu avant neuf heures,
nous nous mettons en route, et dès la première heure, les montées paraissent
rudes, pero no mucho, un seul jour de
repos a simplement suffit pour refroidir nos muscles. Nous
parcourons une bonne partie de la BR 265
jusqu’à entamer une portion de terre et, à partir de là, nous oublions peu à peu la
civilisation: des montagnes suaves, de larges courbes, un ciel bleu parsemé de
nuages de coton – malgré la chaleur, nous pouvons ressentir la fraicheur
émanant de lacs encore invisibles.
Sur le parcours, nous passons en dessous d’un
chemin de fer au moment même où un train de marchandises glisse sur les rails –
le boucan qu’il déclenche en plein milieu de la nature est une expérience assez
étrange mais pas forcément désagréable. Nous faisons une
pause afin de photographier une plantation de café, sur cette partie du trajet,
la couleur de la terre est rouge feu, elle nous brûle les yeux, les Ipês roses
et jaunes semblent être en gestation au bord de la route. Mathieu est heureux. Moi
aussi. Le trajet est
facile, très peu de difficultés techniques sur la route, si l’on excepte les
« tue-mules » – mais nous parvenons à les passer sans encombres – stratégiquement,
ils sont toujours positionnés après une descente ou un virage.
Finalement, 58
km après notre départ de Tiradentes, nous arrivons à Caquende et, aussi incroyable que cela puisse
paraitre, nous traversons le village en une poignée de seconde. Nous stoppons
au bord du lac pour admirer le paysage. Le bac de traversée, propulsé par un moteur de tracteur, s’approche dans
notre direction, il ne lui faut pas plus de cinq minutes pour accoster sur la
berge, un unique passager en descend. Un cheval seul qui continue sa route vers
Caquende. Nous
montons sur le bac pour suivre le chemin inverse.
Si l’on observe
cette région du haut des collines, le contour des lacs dessine la forme d’un
sac, d’où le nom de l’endroit, de l’autre côté de la rive, où nous allons
passer la nuit : Capela do Saco.
(chapelle du sac). En arrivant,
sans vraiment chercher, nous trouvons un bar où figure une ardoise
annonçant : “chambre pour cyclistes”. M’sieur Muchacho, le patron aux yeux
exorbités, se montre très cordial avec nous. Nous voulons
seulement nous désaltérer pour l’instant. Le patron dit qu’il peut nous faire
un Miojo – peu avant, on s’était fait
la remarque que les pâtes étaient idéales pour les cyclistes – nous préférons
toutefois manger une empanada déjà prête.
M’sieur Muchacho
se propose alors de nous préparer un repas, le feeling passe bien avec lui et
puis, nous doutant qu’il n’y aurait pas beaucoup d’options dans les environs, nous
acceptons de bon cœur “l’invitation”. Sans aucun
sentiment d’insécurité, nous laissons le tandem appuyé contre le mur du bar avec
les bagages et nous partons nous balader afin de nous détendre les muscles et
connaitre un peu mieux la population.
Chemin faisant,
nous nous faisons des copains, deux petits chiens dégoulinants de suif, que je
surnomme Tico et Teco et qui nous font office de guides. Le village se résume à
une petite crique, quelques maisons, des poules et des vaches au bord du lac. Nous faisons
halte non loin des pêcheurs, nous abandonnant à l’oisiveté. Mathieu s’allonge et je trempe mes pieds dans
l’eau. Silencieux, nous observons le coucher de soleil remplir le ciel. Au
loin, un homme rame sur sa barque, traversant le miroir d’eau orangée.
Pendant que
l’obscurité tombe, on s’assoupit un brin les yeux entrouverts sans se poser de
questions métaphysiques et sans se demander quel est le sens de la vie, car à
ce moment-là nous pensons le savoir. Candeur et décadence. Au bout d’une
demi-heure de sieste, nous quittons l’endroit et allons visiter la petite
chambre de M’sieur Muchacho – l’hôtel n’est pas un cinq étoiles mais le
riz/haricot y est excellent – ce qui est tout ce dont nous avons besoin pour clôturer
dignement la journée.◘
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