mardi 11 mars 2014

Journal du mardi 15/08 - 58 km pédalés



 De Tiradentes à Capela do Saco
Un nouveau lever de soleil et la promenade commence. Pendant que nous trainons nos sandales sur les pierres capistranas, tout en laissant au repos nos postérieurs, la baroque Tiradentes nous dévoile un peu de son histoire.  

TIRADENTES

De campement à ville. De roi du Portugal à héros brésilien. Ainsi s’est faitTiradentes. Fondée par des paulistanos au début du XVIIIème siècle, elle connut une intense ébullition durant l’eldorado, devenant le plus important centre producteur du Minas Gerais.Elle s’est appelée Santo Antonio do Rio das Mortes et Arraial Velho. Elle fût aussi dénommée Vila de São José en 1718, en hommage au futur roi du Portugal puis, en 1860, elle atteignit l’excellence, de simple village elle passa dans la catégorie de ville.  

Avec la proclamation de la république en 1889, elle devint enfin Tiradentes. Depuis lors jusqu’à nos jours, la ville maintint le même brio qu’à l’époque de l’Empire, elle fût consacrée Patrimoine Historique et Artistique National en 1938. Et nous sommes là, Mathieu et moi, photographiant ce berceau d’idées libérales, l’antre des révolutionnaires de la conjuration minière, enveloppé par l’omnipotente muraille verte, la Serra de São José.

Nous visitons l’église Nossa Senhora das Mercês et celle de Nossa Senhora do Rosário. Nous prions pour des âmes que nous ne connaissons pas dans un cimetière exempt de toute décoration funèbre et nous pouvons constater que les églises et chapelles sont les petites sœurs rococós de celles de Ouro Preto. Nous pénétrons dans le musée du Père Toledo (ecclésiastique ayant eu un rôle prépondérant lors des conspirations minières) qui vaut plus par la force de son histoire. C’est en effet la maison où fût tramée la conjuration, qui abrita les révolutionnaires prisonniers et où l’on a conservé certaines reliques des coutumes de l´époque.  

L’histoire dit que, après que le soldat et dentiste   Joaquim José da Silva Xavier (véritable nom de Tiradentes) fût fait prisonnier, le Père Toledo continua en vain à ourdir ses “inconfidences”, mais il dût fuir la police avant d’être capturé derrière la Serra São José.Bien des siècles plus tard, la ville, marquée aussi bien par l’or que par le sang, est devenue un lieu agréable où l’on peut s’instruire, se reposer, bien manger et circuler en train! Mais nous ne pouvons hélas pas profiter de la « Maria Fumaça ».

La Maria Fumaça est un train à vapeur, l’unique au monde avec un écartement des rails de 76 cm, nous dit le prospectus, mais elle ne fonctionne que le week-end et les jours fériés.  Nous sommes mardi et ce n’est pas férié.   Mais même ceci ne nous empêche pas de goûter cette journée ensoleillée.   Nous parcourons les rues du centre et des environs, pleines de maisons colorées à l’architecture coloniale.  

Tiradentes est remplie de chiens errants de toutes les races imaginables, marchant en bandes, en couple ou en solitaire tandis que dans le ciel passent des oiseaux de fer. Tiradentes est en effet la ville non-métropolitaine ayant le plus grand nombre d’atterrissages et  décollages d’hélicoptères au Brésil.  Vers midi, nous déjeunons dans un restaurant au kilo servant des plats et desserts typiquement mineiros. Mais nous ne pouvons point nous goinfrer autant que nous le souhaiterions, sous peine de tomber dans les bras de Morphée.   

Nous consacrons l’après-midi à la visite d’un magasin de brocantes et d’antiquités – à la poussière bienveillante et au charme suranné – et si nous n’étions pas à vélo, j’emmènerais volontiers une des  machines à écrire vintage que l’on peut y trouver.  En début de soirée, nous nous rendons dans une pharmacie pour faire le plein de pastilles contre la toux et autres remèdes sensés guérir la grippe, puis nous partons diner d’un plat de pâtes accompagné d’un verre de vin avant de retourner à notre auberge.

Quatrième jour de pédalage – Mercredi 15/08/05

Nous récupérons les vêtements que nous avons laissés la veille à la blanchisserie de l’hôtel et, le temps de les faire sécher, nous en profitons pour ranger toutes nos affaires avant le petit-déjeuner.Encore une journée agréable et ensoleillée. Nous avons dormi sur un bon matelas dans un authentique lit colonial pour un prix très raisonnable. Malgré la grippe, nous nous sentons d’attaque et, déjà en tenue de cyclistes, nous allons nous sustenter pour un autre jour de pédalage.

Destination: Caquende. Nous avons déjà recueilli des renseignements sur le chemin à suivre à l’office du tourisme de Tiradentes ainsi qu’auprès de quelques habitants. Cela semble facile, bien signalisé, avec plus d’asphalte que de terre sur le parcours.  Le plus curieux est que nous rencontrons beaucoup de gens qui ne connaissent pas le tracé de la Route Royale, et qui ne sont pas au courant du Projet.     Certains vont même jusqu’à émettre des doutes sur le chemin : « Il existe vraiment?  Si oui, c’est un secret bien gardé. »

Nous remarquons le manque d’information  concernant l’Institution de la Route Royale. Ce qui est dommage. Mais il est vrai qu’unir globalisation et tradition ne doit pas être si facile que ça ! Qui plus est pour un projet récent sans subvention  Considérant l’absence de carte routière et de plan indiquant les points d’eau ainsi que l’altitude, comment choisir la route à suivre ? L’inattendu fait partie du charme du voyage et la nécessité fait loi. Secret ou pas, nous sommes bel et bien sur le Vieux Chemin de l’Or, et sans GPS! Peu avant neuf heures, nous nous mettons en route, et dès la première heure, les montées paraissent rudes, pero no mucho, un seul jour de repos a simplement suffit pour refroidir nos muscles. Nous parcourons  une bonne partie de la BR 265 jusqu’à entamer une portion de terre et,  à partir de là, nous oublions peu à peu la civilisation: des montagnes suaves, de larges courbes, un ciel bleu parsemé de nuages de coton – malgré la chaleur, nous pouvons ressentir la fraicheur émanant de lacs encore invisibles.

Sur le parcours, nous passons en dessous d’un chemin de fer au moment même où un train de marchandises glisse sur les rails – le boucan qu’il déclenche en plein milieu de la nature est une expérience assez étrange mais pas forcément désagréable.  Nous faisons une pause afin de photographier une plantation de café, sur cette partie du trajet, la couleur de la terre est rouge feu, elle nous brûle les yeux, les Ipês roses et jaunes semblent être en gestation au bord de la route. Mathieu est heureux. Moi aussi. Le trajet est facile, très peu de difficultés techniques sur la route, si l’on excepte les « tue-mules » – mais nous parvenons à les passer sans encombres – stratégiquement, ils sont toujours positionnés après une descente ou un virage.    

Finalement, 58 km après notre départ de Tiradentes, nous arrivons à  Caquende et, aussi incroyable que cela puisse paraitre, nous traversons le village en une poignée de seconde. Nous stoppons au bord du lac pour admirer le paysage.  Le bac de traversée, propulsé  par un moteur de tracteur, s’approche dans notre direction, il ne lui faut pas plus de cinq minutes pour accoster sur la berge, un unique passager en descend. Un cheval seul qui continue sa route vers Caquende. Nous montons sur le bac pour suivre le chemin inverse.   

Si l’on observe cette région du haut des collines, le contour des lacs dessine la forme d’un sac, d’où le nom de l’endroit, de l’autre côté de la rive, où nous allons passer la nuit : Capela do Saco. (chapelle du sac). En arrivant, sans vraiment chercher, nous trouvons un bar où figure une ardoise annonçant : “chambre pour cyclistes”. M’sieur Muchacho, le patron aux yeux exorbités, se montre très cordial avec nous. Nous voulons seulement nous désaltérer pour l’instant. Le patron dit qu’il peut nous faire un Miojo – peu avant, on s’était fait la remarque que les pâtes étaient idéales pour les cyclistes – nous préférons toutefois manger une empanada déjà prête.  

M’sieur Muchacho se propose alors de nous préparer un repas, le feeling passe bien avec lui et puis, nous doutant qu’il n’y aurait pas beaucoup d’options dans les environs, nous acceptons de bon cœur “l’invitation”. Sans aucun sentiment d’insécurité, nous laissons le tandem appuyé contre le mur   du bar avec les bagages et nous partons nous balader afin de nous détendre les muscles et connaitre un peu mieux la population. 

Chemin faisant, nous nous faisons des copains, deux petits chiens dégoulinants de suif, que je surnomme Tico et Teco et qui nous font office de guides. Le village se résume à une petite crique, quelques maisons, des poules et des vaches au bord du lac. Nous faisons halte non loin des pêcheurs, nous abandonnant à l’oisiveté.  Mathieu s’allonge et je trempe mes pieds dans l’eau. Silencieux, nous observons le coucher de soleil remplir le ciel. Au loin, un homme rame sur sa barque, traversant  le miroir d’eau  orangée. 

Pendant que l’obscurité tombe, on s’assoupit un brin les yeux entrouverts sans se poser de questions métaphysiques et sans se demander quel est le sens de la vie, car à ce moment-là nous pensons le savoir.  Candeur et décadence. Au bout d’une demi-heure de sieste, nous quittons l’endroit et allons visiter la petite chambre de M’sieur Muchacho – l’hôtel n’est pas un cinq étoiles mais le riz/haricot y est excellent – ce qui est tout ce dont nous avons besoin pour clôturer dignement la journée.

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